A World Out There

 
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Photos Hugard & Vanoverschelde




Pour le Window Project, intitulé A World out There, Guerroui explore les limites de la vitrine. Le travail composé de plusieurs multiples, ne se trouve pas uniquement derrière la vitrine. Étant aussi répandu dans l’espace public, il engage un dialogue intime (fortuit ou non) avec le spectateur. Le travail ne dépasse pas seulement les barrières spatiales, mais en tant qu’œuvre nomade, il s’étend au-delà de la durée conventionnelle et de la rigidité d’une exposition.

 

« Quand j’étais enfant, j’aimais le soleil : je fermais les yeux et, à travers les paupières, il était rouge. Le soleil était terrible, il faisait songer à une explosion : était-il rien de plus solaire que le sang rouge coulant sur le pavé, comme si la lumière éclatait et tuait ? Dans cette nuit opaque, je m’étais rendu ivre de lumière.» - Le Bleu du Ciel, George Bataille

Un petit objet ambigu constitue la base du projet qui s’oriente vers une recherche de ‘métonymie’ ou le glissement de sens d’un objet quotidien. De par ses petites dimensions et sa qualité illusoire, il peut évoquer une carte à jouer, un marque-page ou une amulette. Le travail met des significations en doute ; c’est une ode au banal, au précaire, à l’imprévisible et au contingent à une époque où ces notions semblent être de moins en moins importantes. Ou, comme l’évoque Guerroui, à cette époque où l’on est perdu sans les applications telles que Google Maps, jadis Google Local, ou encore les moteurs de recherche et les dictionnaires en ligne.

 

« Il y a une scénographie de l’attente : je l’organise, je la manipule, je découpe un morceau de temps où je vais mimer la perte de l’objet aimé et provoquer tous les effets d’un petit deuil. Cela se joue donc comme une pièce de théâtre.» -Fragments du discours amoureux, L’attente, Roland Barthes

Les multiples seront introduits par l’artiste dans le tissu urbain pendant et après l’exposition dans l’une ces trois formes : comme un marque-page dans un livre d’une bibliothèque publique, un talisman dans le portefeuille d’un visiteur, passant occasionnel ou ami de l’artiste, ou comme une des cartes à jouer dispersées dans les rues des métropoles du monde entier. Le ‘Nachleben’ ou la persistance des images et des motivations tout au long de l’histoire de l’art, que l’historien d’art allemand Aby Warburg a un jour défini comme un concept central dans l’art, reçoit ici une interprétation personnelle et presque littérale.

Charlotte Crevits